De la colline au marché : le défi du désenclavement routier pour les producteurs de Mwenga
Dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, l’isolement géographique a longtemps été le principal frein à l’épanouissement économique des ménages ruraux. Aujourd’hui, grâce à des initiatives de réhabilitation participative des pistes de desserte agricole, les paysans reprennent espoir. Pouvoir écouler le manioc et les bananes vers les grands centres de consommation comme Bukavu change la donne, réduisant drastiquement les pertes post-récolte.
« Nous avions de la nourriture en abondance sur nos collines, mais elle pourrissait sur place sous nos yeux, faute de routes pour l’acheminer au marché. »
Ce constat amer partagé par quelques agriculteurs de Mwenga illustre le paradoxe du Sud-Kivu profond : une terre d’une fertilité exceptionnelle, mais asphyxiée par son enclavement. Lorsque les pistes rurales se transforment en bourbiers impraticables pendant la saison des pluies, le coût du transport par moto explose, rendant les produits locaux non compétitifs face aux denrées importées à Bukavu.
Pour briser ce cercle vicieux, les communautés locales s’organisent de manière participative. À travers des comités de cantonnage manuel et des travaux communautaires, les riverains entretiennent et réhabilitent les ponts de fortune et les points critiques des axes routiers secondaires.
Sauver les récoltes pour stabiliser l’économie
Le désenclavement de ces voies de communication a un impact immédiat sur la sécurité alimentaire et financière. Auparavant, les pertes post-récolte — la part de la production qui se gâte avant d’atteindre le consommateur — pouvaient atteindre 40 à 50% pour des produits périssables comme la banane ou le manioc frais.
La réouverture de ces pistes permet aux camions et aux motards de collecter les produits directement au niveau des bassins de production. Pour le paysan, cela signifie un accès direct aux liquidités, la fin du bradage des récoltes aux intermédiaires et une motivation accrue pour augmenter les surfaces cultivées.
L’analyse du terrain : Les routes de la résilience
Pour décrypter l’impact de ces infrastructures sur la vie des ménages, Monsieur Bahala Eloi, leader communautaire et acteur de premier plan dans le suivi des projets de développement à Mwenga, apporte son expertise :
« La piste de desserte agricole est le cordon ombilical qui relie le village à la vie économique de la province. Quand une route est rouverte, c’est tout le tissu social qui respire à nouveau. Monsieur Bahala Eloi explique : « Le désenclavement participatif de Mwenga permet non seulement de réduire à moins de 10% les pertes post-récolte, mais il stabilise aussi les populations. Un paysan qui peut vendre ses bananes à un prix juste à Bukavu n’est plus tenté d’abandonner sa terre ou de se tourner vers des activités destructrices pour l’environnement, comme la coupe illégale de bois précieux. » »
Un levier de gouvernance locale
La gestion communautaire et participative de ces chantiers routiers renforce également la cohésion interne des entités de Mwenga. En prenant en main l’entretien de leur patrimoine routier, les communautés locales développent des mécanismes d’entraide et de dialogue direct avec les autorités territoriales et les partenaires techniques. Le désenclavement s’affirme ainsi comme le premier jalon d’une gouvernance locale réussie et d’un développement rural durable au Sud-Kivu.
La production de cet article s’inscrit dans le cadre des activités de la Radio Kahuzi-Biega FM dans le projet de Promotion de la Conservation Communautaire et Amélioration de la Gouvernance dans l’aire du PNKB à travers la Radio Kahuzi-Biega FM.
- Diane Mweze





