Agroécologie autour du PNKB : les ceintures vertes qui sauvent le parc et nourrissent Kabare

À la lisière du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), une transition verte est en train de redessiner le paysage agricole de Kabare. En associant arbres fertilitaires et cultures de rente, les paysans riverains créent une véritable barrière économique et écologique, réduisant la pression sur l’habitat des gorilles tout en reconstituant des sols épuisés.
« Nous avons longtemps cru que pour nourrir nos familles, il fallait étendre nos champs aux dépens de la forêt. Aujourd’hui, nous comprenons que c’est l’arbre qui protège notre nourriture. »
Cette prise de conscience, partagée par de nombreux petits producteurs du territoire de Kabare, est au cœur d’une petite révolution agronomique. Face à la dégradation accélérée des terres arables et aux tensions récurrentes liées à l’empiétement des limites du PNKB, l’agroforesterie s’impose désormais comme la réponse la plus viable pour concilier survie humaine et conservation de la biodiversité.
Recréer de la valeur à la lisière du parc
Le principe de cette « ceinture verte » est simple mais redoutablement efficace : intégrer des arbres directement au sein des parcelles agricoles. En périphérie immédiate des limites du parc, les producteurs plantent désormais des essences à croissance rapide aux côtés de cultures de rente hautement valorisées, à l’instar du caféier ou d’arbres fruitiers (avocatiers, safoutiers).
Ces arbres de culture ne se contentent pas de diversifier les revenus des ménages grâce aux récoltes saisonnières. Ils agissent comme un bouclier thermique et hydrique pour les sols de Kabare, soumis à une érosion agressive sur ces terrains en forte pente.
L’expertise de terrain : L’arbre au service du sol
Pour comprendre la mécanique de cette transformation, il faut analyser le rôle des arbres fertilitaires (comme les Acacias ou les Albizias) introduits dans les systèmes culturaux locaux.
Monsieur Justin Murhula, expert agronome et fin connaisseur des dynamiques rurales de la région, explique l’impact direct de ces essences sur l’écosystème agricole :
« Les arbres fertilitaires possèdent la capacité unique de fixer l’azote atmosphérique par leurs racines et de le restituer au sol. En perdant leurs feuilles, ils créent une litière organique qui nourrit la terre en profondeur. Pour un paysan de Kabare qui n’a pas les moyens d’acheter des engrais chimiques, cet arbre devient sa centrale de fertilisation naturelle. Les rendements de haricot ou de maïs associés doublent parfois en l’espace de deux saisons. »
Au-delà de la fertilité, ces plantations privées résolvent une crise énergétique majeure : celle du bois de chauffe. En élaguant régulièrement les arbres agroforestiers de leurs propres champs, les familles s’approvisionnent en combustible domestique sans avoir à franchir clandestinement les barrières du PNKB pour couper du bois ou produire du charbon (makala).
Une zone tampon économique contre la déforestation
En stabilisant les rendements sur de petites surfaces, l’agroécologie s’attaque à la racine même de la déforestation : la pauvreté structurelle. Un paysan qui tire un revenu régulier de ses caféiers sous ombrage et récolte suffisamment de vivres sur sa parcelle n’a plus besoin d’étendre son champ vers l’aire protégée.
Le cas de Kabare démontre que la conservation de la nature ne peut plus se faire contre les communautés, mais par elles. En érigeant ces ceintures vertes, les agriculteurs ne se contentent pas de nourrir Kabare ; ils offrent un répit vital au grand poumon vert du Kahuzi-Biega.
- Diane Mweze





