Eau propre pour tous : La gestion communautaire des sources aménagées à Shabunda
Dans le territoire enclavé de Shabunda, au cœur de la forêt du Sud-Kivu, l’accès à l’eau potable a longtemps été un combat quotidien pour la survie. Aujourd’hui, l’aménagement de sources d’eau et la mise en place de comités de gestion villageois autonomes transforment la santé publique locale. Une véritable révolution sanitaire qui fait reculer les maladies d’origine hydrique et renforce la cohésion des communautés.
« Avant, boire l’eau de la rivière était une loterie quotidienne où le prix à payer était la maladie de nos enfants. Aujourd’hui, la fontaine du village est le garant de notre santé. »
Ce témoignage poignant d’une mère de famille à Shabunda résume le calvaire historique de ce territoire forestier. Malgré un réseau hydrographique dense, l’absence d’infrastructures d’assainissement condamnait la majorité des ménages ruraux à consommer une eau de surface impropre, exposant directement les populations, et en premier lieu les nourrissons, aux épidémies de diarrhée, de dysenterie et de choléra.
Pour briser ce fléau, des initiatives de captage et d’aménagement de sources naturelles ont été lancées. Mais la véritable innovation ne réside pas seulement dans le béton coulé pour protéger la source, elle repose sur l’appropriation du projet par les bénéficiaires eux-mêmes à travers l’instauration de Comités de Gestion de Point d’Eau (COGEPE).
Les comités villageois : sentinelles de la maintenance et de l’hygiène
Composés de membres élus par la communauté — avec une participation active des femmes, premières concernées par la corvée d’eau —, ces comités assurent la maintenance technique et la propreté des sites. Chaque ménage verse une contribution financière mensuelle modique. Cette caisse communautaire permet d’acheter les pièces de rechange, de rémunérer les techniciens locaux en cas de panne et de garantir la pérennité de l’ouvrage sans dépendre d’une aide extérieure continue.
Au-delà de la technique, ces comités jouent un rôle crucial de sensibilisation aux règles d’hygiène fondamentales, comme le transport de l’eau dans des récipients propres et le lavage des mains, maximisant ainsi l’impact sanitaire des infrastructures.
L’œil du terrain : Une source de santé et d’autonomie
Pour mesurer l’impact de cette dynamique communautaire sur les foyers de Shabunda, Monsieur Amos Wetekayi, enseignant de carrière et agent de développement local engagé, partage son observation rigoureuse du terrain :
« L’impact sur la santé publique est quantifiable et immédiat : dans les villages où la source est aménagée et rigoureusement gérée par le comité, les cas de maladies d’origine hydrique ont chuté de plus de 80 % dans les centres de santé locaux. Monsieur Amos Wetekayi insiste : « En tant qu’enseignant, je le vois aussi dans les salles de classe : le taux d’absentéisme des élèves pour cause de maladie a drastiquement diminué. De plus, la gestion transparente de la caisse de l’eau renforce la confiance entre les villageois. L’eau propre n’apporte pas seulement la santé, elle enseigne la bonne gouvernance locale et prouve que la communauté peut prendre en main son propre destin. » »
Un filet de sécurité pour le développement global
En libérant les femmes et les enfants des longues heures de marche autrefois nécessaires pour puiser une eau insalubre au fond des vallées, les sources aménagées redonnent du temps pour les activités agricoles, le petit commerce et la scolarisation. La maîtrise de l’eau potable s’affirme ainsi à Shabunda comme le socle indispensable de tout projet de développement durable et de stabilisation sociale en milieu rural.
La production de cet article s’inscrit dans le cadre des activités de la Radio Kahuzi-Biega FM dans le projet de Promotion de la Conservation Communautaire et Amélioration de la Gouvernance dans l’aire du PNKB à travers la Radio Kahuzi-Biega FM.
- Diane Mweze


