Des peuples autochtones riverains du PNKB deviennent gardiens de la forêt
À la lisière du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB), le modèle historique d’une conservation « forteresse » cède progressivement la place à une gouvernance partagée. En intégrant les peuples autochtones Batwa dans la protection de leur forêt ancestrale, le parc réussit un pari audacieux : faire reculer le braconnage tout en ouvrant la voie à un éco-tourisme communautaire porteur d’avenir.
« On ne peut pas protéger la forêt en laissant ses enfants à la porte. Les Batwa ne sont pas une menace pour le parc, ils en sont la mémoire. »
Cette formule résume le virage historique amorcé au Sud-Kivu. Pendant des décennies, l’exclusion des communautés autochtones des politiques de conservation a alimenté un cycle toxique de méfiance, de conflits fonciers violents et de criminalité environnementale subie. Privés de leurs moyens de subsistance traditionnels, certains riverains devenaient, par nécessité ou par manipulation, les complices de réseaux de braconnage.
Aujourd’hui, une transition majeure s’opère : les Batwa troquent les pièges de chasse contre le costume d’éco-garde, de pisteur ou de guide touristique, s’affirmant comme les premiers remparts contre la destruction de la biodiversité.
Du conflit à la co-gouvernance : le pouvoir de l’inclusion
L’approche collaborative repose sur un constat simple : les peuples autochtones possèdent une connaissance fine et inégalée de l’écosystème forestier. Ils savent lire les traces des Gorilles de Grauer, identifier les plantes médicinales et repérer les incursions suspectes bien avant les systèmes de surveillance classiques.
En intégrant des représentants Batwa au sein des comités de gestion et des patrouilles de surveillance du PNKB, le parc a vu les indices de braconnage chuter de manière drastique dans les zones cogérées. La criminalité recule dès lors que la communauté considère la faune non plus comme une ressource à piller pour survivre, mais comme un patrimoine collectif à valoriser.
L’expertise de terrain : L’œil et l’esprit des Batwa au service de la faune
Pour analyser la réussite de ce changement de paradigme, Monsieur Germain Basengere, expert reconnu en conservation communautaire et observateur privilégié des dynamiques du PNKB, apporte un éclairage crucial :
« Les Batwa possèdent une cartographie mentale de cette forêt que la technologie ne pourra jamais remplacer. Lorsque vous intégrez un pisteur autochtone dans une équipe de patrouille, l’efficacité de la recherche des pièges augmente de plus de 50 %. Mais le vrai succès est psychologique et social : en devenant acteurs officiels de la conservation, ils retrouvent leur dignité humaine. Germain Basengere ajoute : « Le braconnage diminue parce que la communauté isole d’elle-même les éléments incontrôlés. La forêt redevient leur espace de vie sacré, protégé par la loi. » »
L’éco-tourisme communautaire, moteur de développement local
Cette pacification des relations porte déjà ses fruits sur le plan économique. Grâce au développement de l’éco-tourisme, les visiteurs nationaux et internationaux ne viennent plus seulement pour observer les primates, mais aussi pour découvrir les savoirs traditionnels des peuples autochtones.
Les revenus générés par ces circuits culturels gérés par les Batwa alimentent directement des caisses communautaires. Ces fonds permettent de financer la scolarisation des enfants, la construction de structures de santé de proximité et la création de micro-entreprises agricoles. En faisant de la conservation une activité rentable pour le village, le PNKB et ses riverains écrivent une nouvelle page d’histoire : celle d’une paix durable signée sous la canopée.
- Diane Mweze





