Les micro-centrales hydroélectriques communautaires peuvent bien éclairer le Sud-Kivu rural
Dans les villages reculés du Sud-Kivu, l’obscurité peut cèder du terrain face à l’ingéniosité locale. Grâce à l’installation de micro-centrales hydroélectriques hors-réseau, gérées directement par les villageois, une énergie propre et renouvelable peut illuminer le monde rural. Une métamorphose énergétique de la sorte peut dynamiser l’économie locale et protèger les forêts de la province.
Pour certains habitants des zones rurales du Sud-Kivu, l’accès à l’électricité a longtemps relevé du mirage. Face à l’absence de réseau électrique national, les communautés locales peuvent décider de valoriser leur capital le plus précieux : le réseau hydrographique dense qui traverse la province. En canalisant la force des rivières de montagne à travers de petites turbines faites de matériaux locaux ou importés, des micro-centrales hydroélectriques autonomes peuvent voir le jour.
Cette électricité « hors-réseau » peut transformer radicalement le quotidien des centres ruraux. »La nuit, les lampadaires artisanaux sécurisent les artères des villages, réduisant la criminalité et permettant aux petits commerces de prolonger leurs heures d’ouverture », explique Bercky Ntanama, journaliste professionnel et responsable d’un média à Walungu.
Un moteur d’industrialisation rurale
L’impact le plus spectaculaire se situe au niveau des petits ateliers de production. Auparavant dépendants de générateurs diesel coûteux et polluants, les artisans locaux peuvent respirer. Les ateliers de soudure, les salons de coiffure, les centres de recharge de téléphones et surtout les moulins de transformation de manioc ou de maïs peuvent fonctionner désormais à bas coût.
Cette mécanisation locale peut créer des emplois directs pour la jeunesse, augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles sur place et freiner l’exode rural vers des villes déjà surpeuplées comme Bukavu.
L’analyse du terrain : Le courant qui protège la forêt
Pour comprendre le fonctionnement et la portée environnementale de ces infrastructures, Monsieur Innocent Karume, technicien expert et superviseur de projets d’électrification rurale, partage son expérience :
« La clé du succès réside dans le modèle de gestion communautaire. Chaque ménage paie une contribution mensuelle modique qui sert à entretenir la turbine et le canal de dérivation. Monsieur Bayubasire Bikaya insiste : « L’impact sur la conservation est immense. En offrant une alternative électrique abordable pour l’éclairage et les petits besoins thermiques, ces micro-centrales peuvent réduire drastiquement la consommation de bois de feu et l’utilisation du charbon de bois (makala). Moins de fumée dans les maisons signifie une meilleure santé pour les femmes, et moins de haches dans la forêt signifie que nous protégeons le bassin versant qui alimente précisément notre centrale. » »
Une dynamique de gouvernance énergétique locale
Ces micro-centrales peuvent imposer également une nouvelle forme de gouvernance locale. Les comités d’électricité villageois, composés de manière paritaire, apprennent à gérer un bien public, à assurer la transparence des caisses et à régler les litiges de voisinage liés à la distribution. L’énergie verte devient ainsi un puissant outil d’apprentissage démocratique et de cohésion sociale, prouvant que le développement du Sud-Kivu passe par des solutions endogènes, écologiques et solidaires.
La production de cet article s’inscrit dans le cadre des activités de la Radio Kahuzi-Biega FM dans le projet de Promotion de la Conservation Communautaire et Amélioration de la Gouvernance dans l’aire du PNKB à travers la Radio Kahuzi-Biega FM.
- Diane Mweze




