Bukavu : Le commerce de ferraille sur les cendres du sinistre suscite l’indignation

À la suite de l’incendie de Nyamiera, le commerce de la ferraille calcinée (« Mabende ») mené par des enfants et des intermédiaires suscite l’indignation des sinistrés et des habitants de la zone, qui appellent les autorités à réglementer d’urgence cette filière pour éviter les risques de spéculation et d’incendies criminels.
« Tuna nunua chuma, kilo moja ni mia tano franka ya Congo » ou en français « Nous achetons 1 kilo de fer à 500 francs Congolais » : voilà la sonorité qui résonne en boucle sur le site de l’incendie de Nyamiera. Sur le terrain, le paysage est marquant : des enfants vont et viennent, marteau à la main, un aimant traîné au sol pour attirer les pièces métalliques, tandis qu’un mégaphone diffuse cette annonce enregistrée pour attirer les vendeurs.
Mains et habits souillés, ces jeunes âgés de 8 à 15 ans transportent des sacs remplis de barres de fer, de clous et d’ustensiles calcinés. Ils parcourent les moindres recoins des ruines dans l’espoir de revendre leur métal à un prix supérieur.
Pour eux, le malheur des uns fait littéralement le bonheur des autres. Alors que des centaines de familles pleurent la perte de leurs logements et de leurs biens, les acheteurs de « Mabende » — la ferraille issue des décombres — ont pris d’assaut les lieux dès 6 heures du matin. Balance en main, ces commerçants rachètent le kilo de métal brûlé à 500 francs congolais. Portes métalliques, fenêtres tordues et tôle calcinée sont entassées dans des sacs avant d’être acheminées vers de grands grossistes basés à Buholo 2, 3 et 4, dans la commune de Kadutu. Pour plusieurs de ces adolescents, cette collecte improvisée représente un moyen rapide de financer leurs fournitures et uniformes à l’approche de la rentrée scolaire.
Mais sur place, ce commerce de la détresse suscite une vive indignation. Face à cette spéculation sur les cendres du drame, certaines victimes en viennent à s’interroger : ces jeunes opportunistes ne seraient-ils pas impliqués dans le déclenchement des sinistres pour alimenter ce marché ?
D’un air déçu, Albert Barhafumwa, un habitant de la zone épargné par les flammes, tire la sonnette d’alarme et interpelle directement les autorités :
« Les autorités doivent urgemment réglementer ce commerce de ferraille et renforcer la sécurité de nos populations contre les pyromanes. On ne peut pas laisser s’installer un tel business sur la ruine de toute une communauté. »
Sans un contrôle strict de cette filière, la menace des incendies criminels risque de continuer à planer sur les quartiers vulnérables de Bukavu et ses périphéries.
- K-B FM



