Incendie à Nyamiera : Un mort, des centaines de sans-abri et un désarroi observé
« La chemise que je porte n’est pas la mienne, et même ce pantalon, je l’ai emprunté chez un voisin. J’ai senti une forte chaleur puis j’ai entendu des cris à l’extérieur. Dans la panique, j’ai d’abord fait sortir mes chèvres. C’est alors que je me suis rappelé que ma mère dormait profondément à l’intérieur : je suis immédiatement rentré dans la maison en feu pour la sauver. »
Ce témoignage poignant de Modeste Muhiri Gendarme illustre à lui seul la détresse des habitants de Nyamiera, dans le groupement de Mudusa en territoire de Kabare. Dans la nuit du vendredi au samedi, vers une heure du matin, un violent incendie s’est déclaré, réduisant en cendres plus de cent habitations et jetant dans la rue environ 200 ménages, désormais privés de tout.
Contrairement aux rumeurs véhiculées sur certains réseaux sociaux, le bilan provisoire établi sur place fait état d’un seul décès confirmé et de dégâts matériels colossaux.
Selon les premiers témoignages recueillis sur le terrain, le brasier est parti d’un dépôt de vente de farine où deux jeunes hommes passaient la nuit. La victime, Ishara Kulimushi, né le 5 mars 1996, était un jeune entrepreneur prometteur, propriétaire de plusieurs dépôts dans le secteur et qui projetait de se marier en décembre prochain. Piégé par les flammes, il a péri dans le sinistre. Son corps a été dégagé des décombres par les secouristes de la Croix-Rouge.
Son compagnon de chambre, le jeune Fabrice, a pu être extrait des flammes in extremis. Évacué d’urgence vers l’Hôpital Général de Référence de Kadutu pour y recevoir des soins appropriés, il demeure profondément choqué. « Il reprend conscience par moments et demande sans cesse où se trouve son frère », confie avec émotion un proche venu à son chevet.
Sur les lieux du drame, la panique était totale. L’absence d’accès à l’eau et de bornes-fontaines dans cette zone a rendu impossible toute tentative d’extinction par les riverains. « Lugohwa iko mbali » (« La rivière Lugohwa est loin d’ici »), regrette M. Amos, un habitant du quartier.
Si certains riverains affirment avoir entendu des détonations d’armes à feu durant la nuit, les causes exactes du départ de feu restent à clarifier par les autorités, bien que des suspicions pèsent sur quelques individus.
En plus de la destruction des logements et des stocks de vivres, de nombreux jeunes déplorent la perte irréparable de leurs diplômes et de leurs titres parcellaires. Profitant du chaos et de l’obscurité, des inciviques ont tenté de piller les quelques biens sauvés, mais la vigilance des jeunes du quartier a permis d’en limiter la portée.
Appel pressant à la solidarité humanitaire
Ce matin, l’heure est au déblaiement des décombres fumants. Sous le regard impuissant des familles, les sinistrés tentent de redéfinir les limites de leurs parcelles, pendant que quelques jeunes fouillent les cendres à la recherche de ferraille.
La population locale rappelle tristement qu’un drame similaire avait déjà frappé le secteur en août de l’année dernière. Sans aucune assistance déployée jusqu’à présent, les victimes de Nyamiera lancent un cri d’alarme à l’endroit des autorités provinciales, des organisations humanitaires et de toutes les personnes de bonne volonté pour leur apporter une aide d’urgence.
- K-B FM





